Oxydation à froid
Sur mes sculptures de femmes en grès, les métaux n’ont rien de décoratif. Ils dialoguent avec la terre, sans cuisson finale, selon un procédé que j’ai patiemment décliné dans ma pratique.
L'oxydation à froid, rarement utilisée sur des volumes en terre, m’a offert un terrain de recherche inattendu. À partir de techniques observées dans d’autres contextes, j’ai expérimenté, ajusté, décliné cette approche à la terre, pour obtenir des jeux de matière, de lumière et de tension qui résonnent avec mes formes.
Chaque couche est posée en conscience : fer, cuivre, bronze, des métaux qui réagissent, se repoussent, s’attirent, s’altèrent à chaque étape du processus, jusqu’à ce que leur association trouve sa place et son équilibre sur la sculpture.
Ce n’est ni un effet, ni un ornement. C’est une écriture. Une matière qui respire, une surface qui parle.
L’oxydation sculpte la lumière : elle souligne une courbe, creuse un vide, accroche un relief. Elle laisse des traces, parfois maîtrisées, parfois imprévues, qui donnent à la pièce une vibration minérale, organique, presque animale.
Sur une sculpture en terre brute ou simplement patinée, c’est la lumière extérieure qui révèle les volumes par le jeu des ombres. C’est une lecture du plein et du creux, de la forme par contraste. Sur une sculpture oxydée à froid, ce ne sont plus les ombres qui guident le regard, mais les oxydes eux-mêmes. Ils captent la lumière, la diffractent, créent des irisations, des reflets métalliques, comme si la surface s’illuminait de l’intérieur. Le volume subsiste, mais c’est la matière qui devient visible avant la forme.
Le fer saigne.
Le cuivre bleuit.
Le bronze s’incruste.
Et la peau du grès devient un paysage.
L’oxydation à froid, dans ma pratique, est à la fois une écriture et un dialogue.
J’écris avec la matière, couche après couche, mais elle me répond à sa manière.
Ce que je cherche à fixer peut se dérober, ce que je tente de couvrir peut ressurgir.
C’est dans ce jeu d’accords et de résistances que se révèle une surface juste, imprévisible mais assumée.
Cette technique, extrêmement rare sur le marché de l’art contemporain, confère à chaque œuvre une identité forte et une valeur ajoutée évidente. Chaque sculpture oxydée est non reproductible, car c’est la matière elle-même qui décide du résultat.